Amour et politique ne font pas forcément bon ménage. Eux ont choisi de faire dans les sentiments. Ancien responsable des Jeunes socialistes du Pas-de-Calais aujourd’hui élu PS près de Lens, Nicolas Bays file le parfait amour avec la Versaillaise Aurore Bergé, actuelle présidente des jeunes… UMP des Yvelines. Leur ambition sentimentale ? Un mandat à durée indéterminée… PAR ÉDOUARD WAYOLLE
L’un vote à gauche, l’autre à droite… Jusque-là, rien d’exceptionnel, la balle au centre. En apparence, Aurore Bergé, 20 ans, et Nicolas Bays, de dix ans son aîné, ont tout du «
couple normal », l’image revendiquée depuis plus d’un an. Entre regards langoureux et gestes tendres, ça y ressemble à vrai dire. Jusqu’à la lecture des CV politiques du « fabiusien » de Wingles et de sa « sarkozyste » de petite amie.
Ancien responsable du Mouvement des jeunes socialistes du Pas-de-Calais, Nicolas a aussi siégé au secrétariat national des jeunes. Aujourd’hui conseiller à Wingles à l’instar de son père, il fait partie du conseil national de la fédération des élus socialistes et républicains. Aurore, elle, s’illustre dans la maison d’en face. L’étudiante à Sciences Po Paris est à la tête des Jeunes populaires des Yvelines et siège au conseil national de l'UMP.
La « bulle protégée » de Bruxelles
Aurore et Nicolas n’étaient donc pas, a priori, sur la même longueur d’onde politique. Mais les murs de leurs partis respectifs n’ont pas résisté longtemps aux assauts de Cupidon. « J’ai eu le coup de foudre au Parlement européen, où je travaille et où Aurore effectuait un stage pour Roselyne Bachelot, explique l’assistant parlementaire winglois. C’est dans le bureau de la députée européenne que j’ai croisé son regard pour la première fois. » Un contexte en forme de « bulle protégée » a favorisé l’éclosion des sentiments. « À Bruxelles, l’ambiance entre partis est totalement différente. La couleur politique s’estompe, il y a une sorte d’effet communautaire, tout le monde travaille avec tout le monde », décrit le socialiste. « Roselyne ? Elle regardait cela d’un oeil affectueux, confie Aurore en faisant référence à la ministre, entremetteuse malgré elle.
C’est un peu notre marraine. » Les balbutiements passés, les échéances électorales 2007 ont fait figure de test quant à la compatibilité amoureuse d’un couple symbole malgré lui de la bipolarisation de la vie politique française. Difficile du reste de ne vivre que d’amour et d’eau fraîche lorsqu’Aurore « ne peut pas passer une journée sans parler politique ». Mais ceux qui s’imaginaient voir la vaisselle voler à la moindre « bravitude » ou au premier « travailler plus, pour gagner plus » vont être déçus. « Cela s’est fort bien passé », balaie Nicolas. « Nous nous encouragions constamment. » Idem pour les législatives.
Douces railleries
Le Winglois, au service d’Odette Duriez dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, et Aurore pour Étienne Pinte à Versailles, se sont félicités pour leurs victoires respectives. Certes, il y a bien eu « quelques piques » de campagne, « sans jamais la volonté de blesser ». « À chaque fois que Sarkozy débauchait un élu de gauche, Aurore m’appelait !
» « Pas “débauchait” mais “ralliait” », corrige aussitôt l’élue de son coeur. De douces railleries que les tourtereaux, qui préparent chacun de leur côté les municipales, préfèrent éluder au profit des « valeurs communes comme l’éducation, le rôle des parents… » et bien entendu « le militantisme », le ciment du couple.
Leur différence est-elle une force ou une faiblesse aux yeux de l’électorat ? « Un peu des deux, répond Nicolas. Mais dans l’ensemble, nous vivons notre histoire sans nous soucier du regard des autres. » Si bien que le couple parle de mariage. Et il se murmure que les témoins de la cérémonie ne seront pas inconnus du grand public… de gauche comme de droite. •